Colonies Faibles en Fin d'Ete : Evaluer, Renforcer ou Reunir Avant l'Hiver
En fin d'été, une colonie faible part avec un handicap pour l'hiver : peu d'abeilles d'hiver, une grappe fragile, des réserves vite brûlées. Comment vraiment la lire (population, couvain, réserves), savoir si l'ennui est le varroa, la reine ou juste le nombre, et décider à temps : renforcer, réunir deux faibles en une forte, changer la reine ou, au besoin, renoncer.
Vous ouvrez la ruche en fin d'été et vous le voyez tout de suite. Là où les autres colonies débordent d'abeilles, celle-ci couvre à peine trois ou quatre cadres. Le couvain est maigre, en damier. Même le bourdonnement semble éteint.
Une colonie faible à cette période, c'est plus qu'une déception : c'est un pari sur l'hiver déjà mal engagé. Mais toutes les colonies faibles ne se ressemblent pas, et elles ne se traitent pas de la même manière. Comprendre pourquoi une colonie a pris du retard, et décider vite s'il faut la renforcer, la réunir ou la laisser partir, est l'un des travaux les plus utiles que vous puissiez faire maintenant.
Pourquoi une colonie faible risque gros en fin d'été
L'hiver ne se passe pas abeille par abeille, il se passe en grappe. Les abeilles se serrent et se réchauffent mutuellement : plus elles sont nombreuses, plus elles maintiennent facilement la chaleur au cœur de la grappe en consommant peu. Une colonie populeuse est un poêle efficace.
Une petite colonie peine. Elle doit brûler plus de réserves pour chauffer une grappe mince, elle s'use plus vite et n'atteint souvent pas le printemps. En outre, les abeilles qui vont réellement hiverner se fabriquent maintenant : les abeilles d'hiver, longues à vivre, nées à partir de la fin de l'été. Si la colonie est faible aujourd'hui, elle rassemble peu d'abeilles d'hiver, et le problème se prolonge jusqu'en février.
Voilà pourquoi la fin de l'été est le moment de vérité. Ce que vous décidez ces semaines-ci compte davantage que n'importe quelle intervention menée fin octobre.
Ce que "faible" veut vraiment dire
Faible est un mot commode, mais vague. Avant d'agir, mieux vaut le traduire en quelque chose de concret, en regardant trois choses.
La population : combien de cadres sont réellement couverts d'abeilles, non combien de cadres se trouvent dans la ruche. Une colonie qui couvre moins de quatre ou cinq cadres pleins fin août part avec un handicap.
Le couvain : combien il y en a et à quoi il ressemble. Un couvain compact, en plage pleine, signale une reine qui travaille bien ; un couvain clairsemé, troué, ou absent, est un signal d'alarme.
Les réserves : combien de cadres de miel et de pain d'abeille flanquent le nid. Une colonie peu populeuse mais bien approvisionnée garde un atout qu'une colonie à la fois petite et à jeun n'a pas.
Première question : faible mais saine, ou faible et malade ?
C'est le carrefour qui change tout. Renforcer une colonie malade ne sert à rien, pire : vous risquez de jeter des abeilles saines dans un puits sans fond, ou de répandre le problème.
Le premier suspect en fin d'été est toujours le varroa. Une colonie qui décline vite, avec un couvain irrégulier, des abeilles aux ailes déformées ou une chute anormale d'acariens sur le plancher, doit d'abord être traitée et seulement ensuite éventuellement renforcée. Si ce n'est pas encore fait, le traitement de fin de saison passe avant tout le reste, comme nous l'expliquons dans le guide pour préparer l'hivernage.
Le deuxième suspect est la reine. Si vous ne trouvez pas d'œufs frais, si le couvain n'est que du couvain de mâle et dispersé, si vous voyez plusieurs œufs par cellule, la colonie peut être orpheline ou avoir une reine épuisée. Ici le problème n'est pas un manque d'abeilles, c'est la tête de la colonie.
C'est seulement une fois écartés la maladie et les ennuis de reine que vous pouvez dire avoir devant vous une colonie simplement restée petite, saine et récupérable. Celle-là, vous pouvez la renforcer ou la réunir avec profit.
Renforcer : donner de l'air à une colonie saine mais petite
Si la colonie est saine et que la reine pond, le problème n'est qu'une question de nombre. Et le nombre, on peut y remédier.
La manière la plus propre est de lui offrir un cadre de couvain operculé, pris à une colonie forte, avec ses abeilles naissantes mais sans la reine de cette colonie. En quelques jours ces abeilles éclosent et la population fait un bond. C'est un transfert de forces de celles qui en ont trop vers celles qui en ont trop peu.
L'espace compte aussi. Une poignée d'abeilles éparpillées sur dix cadres se disperse et peine à se réchauffer ; les mêmes abeilles serrées sur cinq cadres, avec une partition fermant le reste de la ruche, forment un nid compact et défendable. Resserrer le nid ne coûte rien et change beaucoup.
Enfin la nourriture. Un nourrissement de soutien aide la reine à ne pas s'arrêter et pousse la colonie à croître tant que la saison le permet. Pour les doses et le calendrier, voyez le guide du nourrissement d'automne.
Réunir deux colonies : quand deux faibles en font une forte
Parfois renforcer ne suffit pas. Deux colonies à moitié vides, laissées chacune de son côté, risquent de mourir ensemble. Réunies, elles peuvent devenir une seule colonie apte à hiverner.
La règle d'or est unique : on garde la meilleure reine et on retire l'autre. On ne réunit jamais deux colonies en laissant deux reines, et on ne réunit jamais une colonie orpheline à une colonie avec reine sans avoir d'abord vérifié que l'orpheline n'a pas de cellules royales cachées.
La méthode la plus sûre est celle du papier journal. On retire la reine en trop, on pose sur le nid de la colonie qui garde sa reine une feuille de journal avec quelques petites fentes, et on place par-dessus le corps de l'autre colonie. Les abeilles mettent un jour ou deux à ronger le papier : entre-temps les odeurs se mêlent, et quand elles se rencontrent enfin, elles ne se battent pas. Une fois réunies, on resserre le nid et on retire les cadres en trop.
À faire par journées fraîches, vers le soir, sans faire couler de sirop, pour ne pas déclencher le pillage. Bien menée, l'opération transforme deux demi-défaites en une victoire.
Remplacer la reine quand le problème est la tête
Si la faiblesse vient d'une reine vieille ou défaillante, ajouter des abeilles sert à peu de choses : sans une bonne ponte, la colonie reviendra vite à son point de départ. Dans ce cas, le bon geste est de changer la reine.
Remplacer la tête en fin d'été a un avantage : une reine jeune et féconde pond avec plus de conviction, élève plus d'abeilles d'hiver et repart forte au printemps. L'introduction, cependant, doit se faire avec méthode, car une colonie en difficulté est aussi plus méfiante. Comment procéder pas à pas se trouve dans le guide sur l'introduction d'une nouvelle reine sans erreurs.
Quand il vaut mieux renoncer
Tout ne se sauve pas, et il est juste de le savoir. Une colonie réduite à une poignée d'abeilles, orpheline et sans couvain, avec des signes de maladie, ne vaut souvent pas le temps et les abeilles saines qu'il faudrait pour la relever.
Dans ces cas, le choix sensé est de récupérer ce qui reste de bon, les cadres de réserves sains à donner à d'autres colonies, et de clore l'affaire. S'acharner, c'est retirer des ressources aux colonies qui, elles, peuvent s'en sortir. Un apiculteur lucide sait aussi quand s'arrêter.
Les erreurs à éviter
La première est de remettre à plus tard. En fin d'été, chaque semaine perdue est du couvain d'hiver qui ne naîtra pas : les décisions prises en septembre valent le double de celles prises en octobre.
La deuxième est de renforcer sans avoir compris pourquoi. Jeter des abeilles et du couvain dans une colonie malade ou orpheline ne résout rien et gaspille de précieuses ressources.
La troisième est de réunir à la légère : deux reines oubliées dans la même ruche, une réunion bâclée en plein jour, une feuille de journal sautée. De petites distractions qui se paient par des combats à l'entrée et des colonies perdues.
En résumé
Une colonie faible en fin d'été doit d'abord être lue, puis soignée. Regardez population, couvain et réserves ; écartez le varroa et les ennuis de reine ; et alors seulement décidez. Si elle est saine et petite, renforcez-la et resserrez le nid. Si deux sont faibles, réunissez-les en gardant la meilleure reine. Si l'ennui est la reine, remplacez-la. Et s'il n'y a plus rien à faire, récupérez les réserves et fermez.
Quelques gestes, faits à temps, font la différence entre une colonie qui hiverne et une qui s'éteint. Partir la saison prochaine sur des bases solides, après tout, commence par les choix d'aujourd'hui.
Une colonie à renforcer, ou à remplacer ?
Nous élevons des noyaux et des colonies d'abeilles vigoureux, avec une reine en pleine ponte, prêts à redonner du souffle aux colonies restées en arrière ou à remplacer celles qui ne passeront pas. Dites-nous où en sont vos colonies : nous vous aidons à choisir la bonne solution et à programmer le redémarrage.
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